01IX18, MARDI
Le Lion est mort ce soir
"Massoud, mon ami", article de Michaël Barry dans Libération.
Je dessine sur le journal un homme assis au café Pompadour, à l'angle de la rue Jean-Jacques Rousseau. De trois-quart, il me fait penser à cet homme qu'évoque avec émotion le texte de Michaël Barry.
Massoud est mort le 9 septembre. Assassiné par les mêmes qui, la semaine dernière, ont fait l'attentat des Twins Towers. Sa mort a rouvert en moi la cicatrice de la mort de Guevara et surtout celle d'Allende, le 10 septembre 1973. Encore septembre. Ces hommes, insupportables aux puissances dévoyées, quand ils tombent, retournent à la terre, au sang intime du peuple, et ne sont pas des martyrs. Les martyrs sont les commerciaux des sociétés religieuses qui régissent la géopolitique, hier comme aujourd'hui.
Je finis mon café, jette mon mouchoir trempé, et file à mon cours de l'école du Louvre. Il reste la Beauté contre la barbarie.
Feutre pinceau, craies aqurellables, repeints painter sur papier journal. 20x20cm
01V12, SAMEDI
Horreur domestique
Les désatres de la guerre
Moma, New-York. Je n'avais jamais vu ce tableau de Picasso, magnifique et puissant comme Guernica. Dans "The charnel house" ("le charnier" et non "la maison charnelle" - où l'on peut voir ma grande maîtrise de la langue anglaise), Picasso égale Goya - c'est sans doute ce qu'il a cherché - 130 ans et une révolution picturale plus tard. La guerre, elle, ne change pas, a toujours soif.
La destructuration de l'espace, accompagnée de la destructuration dans le temps où le traitement plastique, cubiste certes mais encore figuratif et organique, laisse apparaître le corps et le squelette en même temps - séquence narrative où l’on distingue au même endroit ce qui est et ce qui sera - dans un éclairage de lumière radicale atomique : on est à l'aube du 6 août 1945, qui voit le génie humain inventer Hiroshima.
Dessin sur le vif / Feutre flair et stabilotone ; tampon et collages sur cahier à spirales 21x30 cm.
01V7, LUNDI
Clotho
Musée d'Orsay
Camille Claudel, le torse de Clotho.
Encre Rohrer et stabilotone blanc sur carnet à spirales 21x30cm.
01III2, VENDREDI
Saint-Sulpice
"Il marinait en lassitude, cette rançon de la gloire qui sape la créativité et endort l'envie". Luc Le Vaillant, in Libération
Il pleut ce soir-là sur le quartier Saint-Sulpice. Dans ce café où je me suis réfugié, il y a un air de fin d'époque. Le journal, l’article sur lequel je dessine, celui que je dessine, tout cadre. L'homme, bardé de sa fumée, cherche une issue dans les gouttes d’eau qui pleurent sur les vitres. Cet homme me hante, qui est sans être, comme le matou de Schrödinger. J’ai toujours aimé les spectres de café. J’ai usé mes premiers rotrings sur leur cuir, ils sont des bons modèles. Ils ne me voient pas. Leurs yeux sont retournés, ils contemplent des nues où s’accrochent des lambeaux de mémoire. Arrimés au zinc ou tabouret-perchés, ils se nourrissent d’alcool, de quelques mots des autres parfois, d’une intention par jour, volée au tumulte ; un rire, les bons jours. C’est ça qu’ils aiment je crois : le bruit de la brassée, la cloche des vivants. Le silence est l’antichambre de la tombe.
Feutre-pinceau encre sur journal, craies stabilotone, colorisation "postprod" numérique sur Painter.
01II1, JEUDI
Tomaszewski
Photocopie d'un article de "étapes graphiques".
dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin
olivierthevin.com
2026