19X16, MERCREDI
Anatomie d'une chute : Saint Sébastien, face ventrale (myologie approximative)
"Gentiment bananés mes dessins trop propres, trop malins, trop petits. Comme je le désirais somme toute. Comme si mon ami Michel me disait : tu as raison de ne pas y croire. Et bienvenus les deux trois dessins pourris qui trainaient dans mon carton, pris au dernier moment, par instinct. Quelle leçon agaçante et jouissive tout à la fois. Rassurant de voir qu’il ne faut pas se plier à un exercice, en restant malin, que seul ce qui échappe trouve un écho. Ça me ferait rire si j'avais 20 ans. La sagesse, l’expérience, l’intelligence, la finesse et sur l’autre bord, autre face, la force, l’audace, la pulsion instinctive. Et pas les membres assez longs pour toucher aux deux bords en même temps.
Allez, assez jérémié pour aujourd hui, ta boite va m’en vouloir. Tout repère est positif. J’ai juste encore beaucoup de chemin à faire…"
Extrait de correspondance avec C.G.
Pastels à l'huile sur couché brillant imprimé, collage sur papier 15x24 cm.
19IX30, LUNDI
Caterina, Christophe
Deux dessins horizontaux mais plus dynamiques verticalement. Deux monstres de pose. Pour Christophe, deux dessins sur une même pose, avec des angles différents.
Craie grasse aquarellable sur couché brillant 15x24 cm, 2 dessins.
19IX18, MERCREDI
Chevrotain aquatique, Kelly
Carnet de Nus III
Craie grasse aquarellable sur couché brillant 15x24 cm, 2 dessins.
19IV29, LUNDI
Horresco referens
" Je frémis d'horreur en le racontant…" in le Grand Robert
Craie aquarellable sur couché brillant, 8x10cm.
19III14, DIMANCHE
Nabi vert
Exposition "Les Nabis et le décor", Musée du Luxembourg.
« Mon grand désir, c’est d’apprendre à peindre ces inexactitudes-là, ces anomalies, ces refontes, ces modifications de la réalité pour que tout cela puisse devenir, eh bien !, oui, des mensonges si l’on veut, mais des mensonges plus vrais que la vérité littérale. » Vincent van Gogh
Edouard Vuillard, "le pot de grès", 1895 (extrait).
Bonnard et Vuillard, au dessus de tout.
D’abord l’émotion de voir ces toiles qui viennent du bout du monde (le Bonnard «Les enfants et la chèvre» vient de Kanagawa au Japon) et que je ne reverrai sans doute jamais.
Edouard Vuillard, que j’ignorais metteur en scène (théâtre de l’œuvre), inspiré par Ibsen et Strindberg. Plongée violente dans la psyché, la tension entre les personnages ; mélancolie, « atmosphère séduisante et vénéneuse » des intérieurs bourgeois. Personnages aspirés dans le décor. Profusion de motifs créant parfois une envie physique de hurler pour repousser l’étouffement. La douleur, la détresse, la solitude en creux alors que tout est si tranquille qu’on entend l’horloge (le dieu sinistre) au rythme des activités d’intérieur. Tous sont déjà spectres. Le savent-ils?
Contrastant avec cet étouffoir, il y a le dehors, bombardé d’été, marbrant les allées de ses ombres de platanes, comme des vaisseaux violets de vie. Où Vuillard (comme Bonnard) se permet des disproportions de personnage (tête de la causeuse en rapport à son corps) et des effacements. Comment pouvaient-ils savoir en rester là? Comment savaient-ils capturer cette justesse au delà de la vérité (littérale) ?
***
Deux Dames devant moi regardent le tableau de Bonnard « Les enfants et la chèvre » :
"- Alors là… c’est vert!…
- Oui, c’est vert.
- J’aime bien ce vert…
- C’est pas mon préféré.
- Mais tu sais que le feng shuei m’a révélé que c’était ma couleur préférée?
- Ah?
- Oui, celle de mon apaisement…"
Du caviar. Au musée du Luxembourg, dans cette thématique décoration et Nabis, je fais diminuer la moyenne d’âge, c’est dire…
19III14, DIMANCHE
Juste des hommes?
"Nicolas, Eric, je ne ferai pas cette couverture "Juste des ombres". Je ne suis pas patriote."
Feutre flair sur carnet Canson 15x21 cm.
19III13, JEUDI
De l'origine d'un monde
«Bah alors, c’est plus l’Origine du Monde, c’est la chatte d’une dame. Ça ouvre moins d’horizons» Christophe L., modèle.
Le fantasme du peintre et de son modèle nu. Fin du mystère. Par le bien-nommé chercheur Shopp, boutiquier célèbre désormais pour son forfait. Comme un voleur de rêve. À la question : « Avez-vous hésité avant de dévoiler l’identité de Mademoiselle Quéniaux ? », il s’exclame : « Ah non, absolument pas! J’ai vécu dans une idée de la Science où Savoir est essentiel… Donc, je savais quelque chose de nouveau… ». Donc.
Hécatombe de fantômes.
Les gens sont friands d’histoires, la narration crée l’empathie. Il importe au spectateur de savoir qui a proposé son sexe indécent au peintre, comme une traînée, magnifiée par le titre de l’œuvre. Avant Duchamp, Courbet invente le titre qui fait l’œuvre ou comment transformer une pochade sexuelle en œuvre absolue. L’histoire toujours l’histoire, celle qui m’inclut, distille la drogue et me fait m’identifier au protagoniste. Voilà sur quoi tient le drama, la persistance empathique plus forte que la persistance rétinienne. Quiconque aurait donné cher pour savoir à qui appartenait ce sexe. Car d’un coup, c’est Constance qui couche, Constance qui remonte sa jupe, Constance qui égousse son sexe scandaleusement offert. Autre chose que l’origine du monde dont tout le monde se fout aussi bien que de sa fin. C’est donc la possibilité d’imaginer que le nu qui est représenté a forniqué avec le peintre qui rend le nu intéressant. Et savoir est un plus, un must, du même parfum de scandale dont se revêtait Apollonie Sabatier quand elle posait en grand costume d’orgasme dans « la femme piquée par un serpent » de Clésinger. Moi qui pleure quand on me dévoile un tour de magie, je suis démuni, ce soir, du Mystère de l’origine du monde.
Crayon Lyra bicolore sur carnet Canson 15x21 cm.
19III3, DIMANCHE
Mars et ses lièvres
Lièvre, n.m.
Mot valise : Lire + Lèvre = Lièvre
1 - Lire sur tes lèvres, t’écouter de tous mes yeux. Embrasser ton propos.
2 - « Je lis sur ses lèvres mal peintes que Constance fait irrévocablement la moue »
Alexandre Dumas&fils, in «L’Art du parler-chiffon avec ma pote George".
Il y a ce moment où ça s’échappe, où tout panique en hurlements d’alarmes et pilonne en gyrophares de lumière sang. Cet instant enivrant où je reste immobile dans le tumulte, sans comprendre. Déclencher ou mourir. Lâcher mes reins de lièvre dans un élan salvateur, bondir - mobilis in mobile - vivant !
Mais pour l’heure, bombardé de danger, nimbé de mort, immobile. Tranquille.
19II5, MARDI
Oedipus Rex
vanité aux blettes et betteraves oculaires
Aujourd'hui : Salambô malade (nuque), mauvaise nuit pour moi (couché à 23h09 après le dessin, insomnie jusqu'à 2h) ; Lazuli, nouveau malaise en gymnastique, je pars la chercher en catastrophe à Fontainebleau. Pendant ce temps, S. qui doit aller chercher les pizzas tombe en carafe de voiture... Le chat est malade, il a la tête qui pourrit.
Aujourd'hui, j'en ai marre. C'est pourtant pas pire que le reste du temps.
craie grasse aquarellable sur couché brillant 15x24 cm.
19I19, SAMEDI
Modèle métro-vivant
vif
La chasse dans le métro se fait parfois au débotté. L'idée de sortir un carnet ferait fuir le modèle. Alors sur mon vieux velin… Et au final, c'est pas si discret!
Feutre flair sur vieux cuir, 12x12 cm.
19I17, SAMEDI
Le Relou
"Bon, après on est entre nous…"
Le relou du train du soir continue sa journée de travail - en réunion - en parlant fort…
Feutre flair sur carnet Leuchtturm1917, 26x21cm, ouvert.
dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin
olivierthevin.com
2026