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 O L I V I E R  T H É V I N      journal > blog

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13X8, MARDI

Caap, Christophe

Nus au ciseaux (poses de 2 min) 

 

Jean-Louis me propose d'animer cet atelier Modèles Vivants de la Caap. Mais c'est compliqué de dessiner (ou découper comme ici) et suivre dans le même temps le travail des étudiants. À suivre donc.

Je fais certainement de la peinture et de la sculpture et cela depuis toujours, depuis la première fois que j'ai dessiné ou peint pour mordre sur la réalité, pour me défendre, pour me nourrir, pour grossir ; grossir pour mieux me défendre, pour mieux attaquer, pour accrocher, pour avancer le plus possible sur tous les plans, dans toutes les directions, pour me défendre contre la faim, contre le froid, contre la mort, pour être le plus libre possible ; le plus libre possible pour tâcher - avec les moyens qui me sont aujourd'hui les plus propres - de mieux voir, de mieux comprendre, ce qui m'entoure, de mieux comprendre pour être le plus libre, le plus gros possible, pour dépenser, pour me dépenser le plus possible dans ce que je fais, pour courir mon aventure, pour découvrir de nouveaux mondes, pour faire ma guerre, pour le plaisir? pour la joie? de la guerre, pour le plaisir de gagner et de perdre.

 

Giacometti

13X3, SAMEDI

Shakespeare

“Eyes, look your last!

Arms, take your last embrace!

And, lips, oh you the doors of breath,

seal with a righteous kiss

a dateless bargain to engrossing death!”

Stabilotone sur couché brillant scotché, feutre flair sur carnet 21x26 cm ouvert. Avec une petite dédicace de L.

13VIII10, SAMEDI

La libérance

"La libérance : on libère tous les mots qui sont dans notre tête." S.

Feutre flair sur carnet 14x18 cm ouvert.

13VIII8, JEUDI

Port Maria, la serviette Astérix

Feutre pilot sur carnet 21x26 cm ouvert.

13VIII5, LUNDI

Port Andro

Feutre pilot sur carnet 21x28 cm ouvert.

13VIII6, MARDI

Monstres

 

Entre deux recherches de mes propres personnages et monstres (la Bête noire et le Pudding albinos), je profite d'une compétition d'invention de monstres qui fait rage entre Eliot et Salambô pour redessiner ces beaux personnages. Le monstre-dieu a des cheveux tentacules sur lesquels sont attachés des grenades explosives, une crinière aux serpents venimeux, 3 paires de pattes dont celle du milieu est dotée de pattes de dragon, des yeux sur la fourrure, des mamelles qui crachent du feu, des ailes bien-sûr...

 

Article replié de journal (du 21 août) sur la débacle de Dexia.

Feutre sur carnet  / encres rohrer + stabilotone collés sur carnet 21x28 cm ouvert.

13VI21, VENDREDI
Le Cagibi.

Où est Charlie? 

 

Six mois de travaux plus tard sur la maison de Bourron-Marlotte et on habite toujours l'ancien local poubelle aménagé à la va-comme-je-te-pousse. 13m2 sur deux étages. Douze à y habiter : nous quatre, le chat et 7 cochons d'inde, qui ne devaient pas avoir de petits parce que se sont 2 filles, et qui sous-louent avec leur cage de 1m2. Là je suis assis sur un canapé futon et j'ai vue sur le tas de sable sous le tilleul. Cosy.

Feutre V5 sur carnet, 28x21 cm ouvert.

13VI7, VENDREDI
Fillettes se promenant, 1891.

Edouard Vuillard / Exposition "Une passion française, collection Hays", Orsay.

 

Je me suis fait gauler par le gardien de salle. On a plus le droit à la peinture à l'eau dans les musées (les étudiants laissaient parfois des encres renversées sur le sol, dixit les gardiens). Je n'ai pas essayé de le blouser, comme celui du musée du Louvre, il y a quelques années, qui ne comprenait pas d'où venait l'eau qui sortait discrètement de mon pinceau à réserve d'eau japonais (mais ça n'était pas encore répandu ici). Cette fois-ci, il a juste regardé mon carnet, a souri, et m'a demandé de le terminer rapidement…

1/ Feutre flair et aquarelle sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

2/ Feutre flair et collage  sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

3/ Pierre noire, aquarelle sur Canson collé  / feutre flair et stabilotone sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

 

13V31, VENDREDI
El sueño de la razon produce monstruos, 1797.

Fransisco Goya / Exposition "L'Ange du Bizarre", Orsay.

Feutre et collage sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

13V31, VENDREDI
L'indolente, 1893.

Pierre Bonnard / Exposition "L'Ange du Bizarre", Orsay.

Feutre flair et pilotV5, craie stabilotone noire sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

13V31, VENDREDI
Intérieur mère et sœur de l'artiste, 1893.

Edouard Vuillard / Exposition "L'Ange du Bizarre", Orsay.

Feutre flair et aquarelle sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

13V31, VENDREDI

La folie de Kate, 1825.

 Johann Heinrich Füssli  (1741-1825) / Exposition "L'Ange du Bizarre", Orsay.

Feutre et stabilotone sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

Note page gauche : La composition plante la figure sur un promontoire. On dirait une gargouille ou une figure mythologique comme le Sphinx renforcé par la cape qui s’enroule comme des ailes. Les doigts sont perdus comme ceux d’une folle et dans la même position que les mains de sorcières jetant un sort. La confusion renforce l’effroi.

13V31, VENDREDI

Le Cauchemar, 1781

Johann Heinrich Füssli  (1741-1825) / Exposition "L'Ange du Bizarre", Orsay.

 

Rendez-vous avec le fameux tableau, enfin (depuis les années 90, où Pascal Massa me demandait d'en faire une copie !) Comment toucher cette icône, sans un long dans les méandres du fantastique ?

Feutre flair, stabilotone et aquarelle sur carnet "Artist", 28x21 cm ouvert.

Notes (brutes de transcription) :

Füssli  : le tableau est divisé en deux parties presques égales. Le Réel (la femme qui rêve) et le Rêve fantastique (l'Incube et le cheval), ce dernier étant traité avec la même intensité picturale que le réel ce qui lui donne une tonalité surréaliste (rêve et réalité au même plan). 

Les couvertures rejetées du lit sont traitées comme un épanchement fluide de fumées, soulignant dans le réel l'action de rêver par le caractère ondoyant des limbes. Le rouge de l'étoffe fait plus référence à la passion de l'émotion vécue par la dormeuse qu'à du sang morbide. De l'incarnat plutôt qui s'échappe d'un point d'inflexion précis au niveau des reins. Ces lignes en volutes se terminent au guéridon dont les pieds poursuivent de leur forme l'ondulation. Tout est plastiquement souple et contraste avec la coupure que fait le corps dans l'espace du tableau. 

La femme est habillée de soie blanche, sa peau est laiteuse, induisant un fort effet de clair-obsur avec le reste du décor et des personnages. Le clair-obscur est une clé plastique (sinon la clé) du fantastique. 

Les tentures du fond sont épaisses, lourdes, très charnelles.

 

interprétation :

Forcément subjective car Füssli s'est bien gardé de donner la sienne (génie!). la lecture est rapide et violente. Nous sommes dans la tente alcôve invités invités par le regard de l'Homoncule qui nous dévisage. Il y a un effet voyeur. 
Nous sommes après le paroxysme de l'action (mais tout porte à croire que nous sommes là depuis le début…) car les draps sont défaits et coulent doucement, le corps est encore arqué mais la main s'est détendue, la chevelure roule, le médaillon n'a pas encore glissé ; la pose est lascive. La robe de soie blanche, outre qu'elle induise le fort effet de clair-obscur, n'est pas choisie par hasard. Elle moule le corps de la femme - cette dernière semblant presque nue - et apporte un caractère innocent à la rêveuse.

L'incube sensé violer l'infortunée semble plutôt inoffensif. Ses pieds ne sont pas des sabots, sa main gauche , sous le menton, montre presque une interrogation (Qui m'invoque? Quest-ce que je fais là?) seule son ombre présente un soupçon de cornes du diable (ses oreilles en fait...).

Le cheval blanc (symbole érotique) aux yeux bouillis, houpette hagarde fait figure d'exalté pénis (il semble sourire même) pénétrant l'intimité de l'alcôve, écartant les tentures lourdes commes des lèvres ; une sorte de Peek-a-boo Horse (coucou c'est moi!)… Certains disent qu'il pourrait s'agir d'un jeu de mots de l'artiste car "mare" signifie "jument" en anglais ; Nightmare, jument de la nuit, jument obscure. Je ne crois pas que Füssli soit ce genre de drille…

Le paradoxe avec l'Incube, c'est qu'il ne semble pas peser sur la femme. C'est peut-être une preuve qu'il n'est pas là physiquement.

Conclusion : Il s'agit d'une très belle vision de rêve érotique où l'on participe plutôt qu'un cauchemar mais à la place de Füssli, je l'aurais appelé pareil. Il ne faut pas donner les règles (1).

 

Pour finir :

Franziska Lentzsch, à propos de Füssli : "(…) la position lascive de la rêveuse, l'indissociabilité du plaisir et de la souffrance apparaît clairement : la scène fait figure de parfait déclencheur d'un "délicieux sentiment d'horreur""
Hubertus Khole : "Le cauchemar de la femme est interprêté comme un coït avec le diable (…) L'excitation sexuelle est mise sur le même plan que les convulsions causées par la peur."

 

wikipédia :  sublimation des instincts sexuels. Incube = libido masculine. Acte sexuel représenté par l'intrusion du cheval à travers le rideau" (Ah, je ne suis pas le seul obsédé sexuel!,  NDLR)

 

 

(1) Note de 2024 : Au moment de l'exposition "L'Ange du Bizarre", j'effleurais à peine l'étendue de cette œuvre iconique. À suivre ici.

 

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dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin 
olivierthevin.com
2026