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 O L I V I E R  T H É V I N      journal > blog

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23XI21, MARDI

Ressources humaines

l'humanité enseignée aux masses

 

Aujourd’hui, on peut entendre des phrases comme : «…pour que la riposte soit la plus économe possible en vies humaines, pour les civils (et pour) le respect du droit international (et du ) droit humanitaire ». 

Économe en vies humaines !

Et ça ne vient pas d’un état-major militaire ou d’entreprise marketée, mais du 4 ème personnage de l’État !

C’est quasi oxymorique, ou devrait l’être, d’associer un terme comptable à la vie (c’est étrange, ça me fait penser à la directrice des Ateliers de Sèvres qui parle de population de profs ou de modèles). Nommer la chose par sa quantité et non sa qualité, réifier l’individu, ça sera d’autant plus facile à gérer, virer, ou compter au nombre des morts. Des pertes. Et «Ressources humaines», c’est aussi un bel oxymore quand on y pense ! Bien cynique.

 

Vive le capital.

23IX17, DIMANCHE

Chair Modèle

« C’est la vie qui bouge, c’est le vrai, c’est le divin, l’éclair qu’il faut fixer. » Rodin


 

Ce n’est pas le dessin que j’aime, c’est la mémoire de la rencontre. L’impression dans le temps et l’espace d’un corps avec le mien. 

 

Rien n’est plus émouvant qu’un corps qui se laisse lire au delà de ce qu’il représente de jeunesse, de vieillesse, de corpulence, ou même de genre. Rien n’est plus différent d’une chair qu’une chair qui s’enfuit. Qui se dérobe, flanche ou se creuse. Ou revendique, sublime.

 

La vérité de la chair me sort rapidement du corps symbolique.

 

***

 

J’ai rencontré Maria, le modèle de Rodin, Claudel et Desbois, vitrifié symbole de vieillesse, de beauté fanée, d’Hiver, de Misère ou même Destinée. Repoussoir apotropaïque pour conjurer notre peur. 

Un jour, puis un autre, je l’ai dessinée. Sa peau d’écorce striée ; ses veines, médusoïdes racines rampantes enserrant ses jambes ; les sillons profonds qui plissent sa silhouette de saule et ses doigts de sarments déformés qui jamais ne se lissent. Le squelette trop présent dans son enveloppe chrysalide.
 Et pourtant je n’y ai trouvé ni hiver, ni misère, ni toutes ces imprécations mémentomoriennes stupides. J’ai simplement posé ma craie sur le papier et ça s’est déroulé ; j’ai aimé rendre ces gorges, délabyrinther ces veines, dégonfler ces chairs, au plus près. 

Ensuite, on a fumé sur le quai de retour. Elle parlait plusieurs langues mêlées, entrecoupées de rires de souris rauque. Parfois je la surprends marmonner à d’autres que je ne vois pas. Là et ailleurs en même temps. Regard azuréen.

Le modèle vivant est le seul endroit où l’on peut aimer profondément un corps sans avoir envie de le toucher, le posséder, ou sans qu’il soit repoussant. Juste la fascination, les regards convergents - fidèles au moindre pli au delà des ombres - traçant de cette peau un manteau soyeux qui habillerait le squelette de l’âme. 

 

Maria d’aujourd’hui n’est plus Maria. Mais l’Éternel vivant, seul symbole digne et une promesse.

Affûtée à mon propre cuir, la craie noire s’impatiente. Le dessin est un maître. 

Craie aquarellable sur couché brillant
15x24cm.

23IX5, MARDI

Carnet de Nus III

"Aux Modèles"

 

Pour l'occasion de l'exposition collégiale de la Fonderie à Fontenay-sous-bois, autour du dessin avec profs, anciens et nouveaux étudiants de la Caap, j'ai édité le 3ème et sans doute dernier volume des Carnets de Nus. Six mois pour boucler ce bouquin et il n'est pas arrivé à temps pour un problème de transporteur. Un problème organisationnel de ma part surtout. Une accélération cet été quand j'ai changé de stratégie de travail et de vie - exit l'expo d'octobre avec Pascal (Galerie Petite) et le début de travail - non abouti - qui me coûte cher en temps et argent, dans un moment où je n'ai jamais été aussi démuni. 

J'entraîne, dans l'urgence de la publication, Cécile Gillot qui écrit la très belle préface, ci-dessous.

 

« Rien ne délivre jamais que l’obscurité du dire »

—  Aimé Césaire

 

 

 

Tu montes sur le ring. Très vite, la magie opère, une subtile mise au diapason, la qualité harmonique qui naît de ce qui sait rejoindre… la mise en présence du modèle, de l’artiste - dans cette double offrande un microcosme joue sa partition, à mots couverts, à coup de dedans dehors, une danse tendue sur un fil, le mouvement infime, un léger tremblement, imperceptible à l’œil, trouve un chemin pudique et murmure son bout de mystère. La conscience du regard informe le corps, dont la nudité est un leurre, on croit offrir un sein, une épaule, une nuque, mais le dévoilement est tout autre, le sentiment de soi ricoche sur l’Intention au bout de la mine qui recueille, sous le trait les digues cèdent une à une, le nu véritable advient, implacable mais fugace, - l’artiste « croque » la pomme. Attrape l’archétype, efface l’humeur.

 

Tu chemines vers la scène, je devine que l’état précède le combat de plusieurs heures, je le sais à ta présence absence lorsque tu arrives, ressens la densité du corps, sous le voile d’affabilité, l’huile dans le rouage, déjà tu étires le modèle, l’installes dans une gravité chaleureuse, tu accueilles, il y a là une inconditionnalité, tu sais recevoir, vouloir, dire « Viens » .

 

Il se pourrait que le Modèle Vivant se joue dans la capacité de l’artiste à « le » convoquer ; pas sur la toile ou sur la feuille. Non, il doit advenir dans ses yeux, le peintre inscrit l’autre dans l’amour sans rien gommer de ses aspérités. Là est le miracle, l’offrande, il aime et l’autre advient, plus plein dans ses yeux qu’il ne sait l’être pour lui-même. Il faut le « deux » pour que l’intime existe.

 

Bien sûr il y a le langage du corps : le modèle « sait » la posture ; mémoire de corps, mémoire d’états, mémoire visuelle d’autres corps décodés, le modèle est un corps en discours, il « adresse », s’adresse à l’artiste et c’est cette « imitation sensible », contrainte, et pourtant traversée de présent, que le peintre reçoit sans intermédiaire, sans volonté de savoir, sans intention de comprendre ou de dire. Il reçoit. De plein fouet, il a conquis la frontalité du contact, s’est préparé à l’instant de vérité, l’œil, la sensation et la main fusionnent, enfin, il « improvise » ; mais si le modèle « discourt », l’artiste n’est pas traducteur, non, il ne copie pas, il n’interprète pas, il « rend la vie », la vie que la posture imite, il traverse le bavardage et attrape l’instant de vivance. Il rend son ombre à l’intention, débusque le réel sous la réalité anatomique, travaille toujours l’envers, ce que Patrick Chamoiseau appelle le « moment nuit ». L’artiste est sorcier. 

 

Enfin, dans la contemplation, l’œil qui découvre l’œuvre remet l’objet en mots, prête intention au dessin, en fait une proposition narrative, y déchiffre ce qu’il lui plait d’y lire. 

 

L’instant du trait, le moment de poésie, est l’instant d’absolu, l’instant intemporel, l’instant de silence, l’instant de reliance, l’instant de l’amour. L´art du modèle vivant est ainsi un art de la relation, il transcende l’intention - l’intention narrative du modèle, l’intention interprétative de notre œil médusé - c’est un art de la reliance, qui ignore le bavardage.

 

Il s’agirait d’attraper « la cime du particulier », disait Proust. La peur s’invite - primale, la plus viscérale, celle du vide, de la néantisation du réel. Olivier dit la négocier dans le verre de rhum, la noyer pour mieux la recouvrer. Dans sa transe, il double la représentation, la traverse, brûle le discours, il « rencontre », la vérité brute d’un réel qui semble n’être plus qu’un agrégat de matière - chair minérale, végétale, la vérité brute qui est bien davantage qu’un agrégat de matière, puisqu’il lui rend le souffle. Je comprends pourquoi il y a autant de vie dans un coeur mort de cétacé et dans un rocher que dans des silhouettes saturées d’intention. La vie est ailleurs. La roche peut bien nous parler une langue pluriséculaire, le modèle peut bien peiner dans la pose, pour l’artiste il suffit de rejoindre. Olivier sait je crois s’inventer un modèle, neutraliser en lui le désir de montrer, le faire taire pour le faire « être », il densifie l’espace, le magnétise et entre en relation, c’est le modèle « en relation avec lui » qu’il dessine, c’est ce « champ » qu’il matérialise dans la tension nerveuse d’un temps compté, afin qu’à la faveur d’une apnée, un rappel d’éternité revienne lacérer la réalité sourde d’un quotidien asphyxié. 

 

Nous aimons voir dans le modèle vivant un art qui se donnerait pour objet la saisie d’une « essence », d’une vérité de l’être. Un art du discernement, de la profondeur révélée : un abracadabra à main levée. L’on prétend fièrement « reconnaître » le modèle, apprendre à le connaître à la faveur du trait. Nous restons là sagement du côté de l’utilité sociale, d’une morale de la représentation, d’une mimesis. Pourtant la proposition est ailleurs, me semble-t-il, simple elle aussi, mais plus audacieuse, plus ambitieuse et plus belle : le modèle « vivant » s’étend ici à ce qui d’ordinaire compose des natures mortes. Olivier nous rappelle le « vivant » dans le modèle, fut-il matière inerte. Le vivant qui toujours naît de la relation.

 

Je me regarde poser des mots à la marge de l’œuvre, chercher le secret, chercher à comprendre. Je diffère le moment de l’impact, ma propre rencontre avec le dessin, je me sens redouter le défi de langue, douter de mon aptitude à dire - dire l’étrange euphorie qui m’agite lorsque je reçois ces fractales de perfection formelle, je prends une claque d’humanité, une volée de certitudes, une raclée esthétique, je n’ai pas d’émotions, ce n’est pas de l’émotion c’est une tachycardie de l’âme. Une gratitude subtile m’enveloppe, je peux me perdre en conjectures, rien n’a d’importance que le silence exalté qui accueille le geste de l’artiste, ce geste qui nous agenouille - une qualité harmonique qui n’a pas de finalité esthétique mais un pouvoir de réordonnancement du monde. Le propos ne porte pas sur la dimension de l’œuvre, mais sur son essence, ces dessins peuvent être une expression encore modeste de l’artiste – une modestie du format -, l´artiste est là et on en veut davantage.

 

Cécile Gillot, septembre 2023

23IX19, MARDI

Salambô, again.

« Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger,

Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes. » Jean Genet

Feutre V5 et crayon couleur sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

23VI16, VENDREDI

Elodie et le faisan 

3 dessins d'une même pose.

Craie aquarellable sur couché brillant 24x15cm, 3 dessins.

23V31, MERCREDI

Lambeaux de pierre

- Je ne comprends pas. Maman est propre, je suis propre et on a fait deux crados !
…
- Bah, c’est comme deux poneys peuvent faire un cheval... » O & Lz
, 10 ans

 

Les mercredis, j'emmène Lazuli pour un cours dans une petite écurie à côté de Paris-Forêt (!). Je l'attends dans la forêt, au rocher Cailleau, où je peux lire, écrire et dessiner des roches à l'emporte-pièces (en mode puzzle) . Jamais assez longtemps… J'aime ce rendez-vous. 

Feutres flair sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

23V22, LUNDI

Jessica 


Craie aquarellable sur couché brillant 24x15cm, 2 dessins.

23V20, MARDI

L’Âge mûr 


« Il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle ». Rodin

 

Derrière nous, des visiteurs s’arrêtent et se massent. Un demi-cercle se fait. Zoë, agenouillée à fleur de marbre, bras tendus dans le vide, visage relevé, tête versée sur la droite, suppliante, avance doucement son buste dans l’espace. Centimètre par centimètre. Derrière elle, le bronze, sur le socle haut, marque la scène.

L’Âge mûr, Camille C. ou la rage désespérée contre ce qui ne sera plus. Bientôt Zoë sera dans l’exacte position de la jeune femme de la sculpture. Je sens la tension envahir son beau corps, le roulement musculeux dans ses jambes de danseuse, la douceur crispée dans son visage rond qui s’empourpre. Ses yeux de candeur bleue cherchent dans le vide un appui, un recours. 

Je mesure enfin le risque de l’entreprise. Short boxer et débardeur collant ses galbes, pieds nus, cheveux blonds de bronze retenus simplement : comment oser se mettre ainsi en scène et tutoyer le Génie dans le sein du temple même ! Et pourtant, au jeu de la chair contre le bronze, c’est le bronze qui cède et tout un siècle s’évanouit devant la grâce juvénile du vivant. Le marbre d’Orsay espère la goutte qui coule à présent au cou de la danseuse. Les esprits ont soif de revivre et s’agitent.


Elle avance encore son buste dans le vide. Son regard m’attend. Je lui chuchote : « un peu encore Zoë, tu y es presque…». Je la vois sourire gentiment. Tristement presque. Nous savons déjà tous deux qu’elle va se heurter au mur froid de la mécanique gravitationnelle. Inéluctable. La surface de sustentation, si tu en sors, tu chois. Et peu importe la force de ton amour, peu importe ta rage. 

Devant les dizaines de regards attentifs, Zoë s’écroule sur le marbre. 

Son corps fait un bruit sourd d’os et chairs meurtries qui parcourt tout Orsay en un souffle : fugit amor. Dans le silence qui suit, Camille reflue, s’évanouit dans le sable. La boule dans ma gorge roule un Merci Zoë… Bravo. Je prends une seconde de plus pour tenter un air dégagé et me tourne vers les étudiants, les curieux et les touristes japonais - qui nous ont adoptés. Dans les regards, un Pourquoi m’attend. Pari gagné.

 

Le secret partagé de ces amants-là, c’est l’art du vivant en un mouvement suspendu qui ne s’illustre pas dans une seule image figée comme sur une photographie. Un mouvement qui ne s’inscrit plus dans un temps linéaire mais dans une séquence métamorphique où l’on distingue au même endroit ce qui fut et ce qui sera. Nous la voyons supplier à genoux et pourtant elle est déjà tombée! 

Et plus fort encore que la vie elle-même, celle qui va au delà de sa propre surface de sustentation, sa propre vérité, est celle qui refuse. Qui ne renonce pas. Celle qui ne veut pas ! Défie le pan metron - en tout, de la mesure - ce son mat de chair écrasée, c’est l’hubris de Camille.

 

L’histoire veut que cette œuvre soit quelque chose de plus universel encore que l’Amour qui a choisi et fui. Qu’il y a la résignation qui enveloppe l’homme dans le tourbillon du Temps et de la Mort dans son fantastique drapé, et que c’est sa propre vigueur juvénile qui jusqu’à l’arrachement de l’attraction demande à l’homme de se retourner. Mais s’il se retourne, qu’en fera-t-il?

 

Et puis, plus mystérieux, il y a, à cette oeuvre, un verso qui m’est cher. De cet autre côté, la jeune femme, seule, implore une chimère dragonesque qui, emportant l’absolu de l’Amour et de l’Art, désigne son Enfer sur terre.
 
La multiplicité des noms de l’oeuvre - L’Âge mûr dit aussi La Destinée ou Le Chemin de la vie ou encore La Fatalité - apparait alors comme un cache-sexe de l’essentiel : la perte de l’Autre. Ultime élégance de Camille Claudel.

Camille Claudel, "L'Âge mûr", verso. Dessin sur calque jaune 15x21 cm.

23IV30, DIMANCHE

L'Homme qui habite dans le placard

Pour Salambô 

 

Un jour tu m’as demandé pourquoi le soleil disparaissait le soir.

 

J’ai dû t’avouer ce lourd secret de famille. De toutes manières, tu l’aurais su un jour.

Nous cachions un bonhomme minuscule dans le placard d’une alcôve, au bas de l’escalier qui mène au sous-sol. Gentil et étrange, il ne faisait rien qu’habiter le placard au milieu des conserves et des bouteilles. Mais le soir venant, nous nous appliquions à laisser entrouverte la porte de ce placard. Tous les soirs. Sans faillir.

 

Alors il sortait du placard. Il mesurait à peine un haricot de haut.

 

Remontant difficilement les premières marches de l’escalier, il grandissait, prenant la taille d’un chaton en arrivant dans la cuisine. Et chose incroyable, pour un chaton du moins, il traversait sans encombre la baie vitrée fermée de notre cuisine et partait dans le jardin vers l’Ouest, d’un pas assuré. 
Arrivé au portail, il était déjà grand comme un girafon, enjambait sans encombre le portail, traversait la rue. Grandissant à la vitesse du lait qui s’échappe, il mesurait déjà une maison au bout de l’avenue, puis un immeuble à la porte de Paris.


De la capitale, il fait trois enjambées, pas davantage. Passant au dessus de Versailles, sa tête, encombrée de nuages, ignore le Roi fourmi et sa Cour de pucerons somptueux dansant le rigodon pour la grandeur de la France. 

Devenu un Titan, il traverse Le Mans. Déterminé, forçant l’allure comme si chaque seconde tombait comme une évidence du plus beau métal.

 

Au bout du Finistère, immense comme le père du Kilimandjaro, coiffé de neige comme lui, il s’assied enfin au bord de l’Océan, salue son frère d’infini et glisse son bras par dessus les flots dans l’air rougi. Il saisit le soleil comme on cueille une belle orange sanguine. L’astre, fatigué d’une si longue journée de balade, sans résister, se pelotonne dans la grande main.

Et le bonhomme le gobe!

Nuit. Extérieur nuit. 

Notre Titan de placard mâchonne cette merveille atomique et ressort de sa bouche, de deux doigts délicats, grands comme 73 éléphants empilés, une arête de Lune qu’il jette au firmament. Celle-ci se colle au petit bonheur la chance sur le drap de la nuit.

 

Bonhomme s’en retourne alors. Vers l’Est.

 

Doucement au début, lesté de son dîner, puis plus allègre au fur et à mesure qu’il revient vers la capitale. Dans ce voyage d’une nuit, il remaigrit, rapetisse gentiment, jusqu’à notre jardin où il arrive juste avant l’aube, de la taille d’un zébu luminescent (il a gardé cette clarté pour retrouver la route de notre maison), puis traversant la vitre de la cuisine dans l’autre sens, il retourne au placard, sautant la dernière marche comme un haricot qu’il est redevenu.

 

Au petit matin, quand je me lève, avant même de faire le café, je vais silencieusement refermer la porte de sa cachette où il dort parmi nos provisions.

 

 

Quand je t’ai dévoilé ce secret, tu m’as regardé de tes deux soucoupes un moment ; puis, d’une voix assurée, m’as lancé : 

 - Franchement, je ne sais pas comment il peut traverser la vitre!…

Le placard du bonhomme au bas de l’escalier de la cuisine 
(derrière ta mère qui en défend l’accès!).

23IV25, MARDI

The woman who never was

"Pseudomnesia : The Electrician" Boris Eldagsen

Feutre et collage sur carnet Leuchtturm1917.

"The woman who never was"

 

Quelque chose de familier, secrètement familier*, me captive dans sa photographie : l'étrange absence de ces femmes, issues des années 40 et la beauté de la première. Comme si je connaissais cette femme et même cette majesté. Les lèvres dessinées ainsi, les ailes du nez resserrées, les yeux ronds, clairs et profonds ; l'arc du sourcil dressé, la forme du visage régulière et géométrique, à la pommette haute. 
Boris a 53 ans. Il connait presque assurément Gene Tierney. Il a sans doute entré tout cela dans ses prompts pour donner à ce visage, cette profondeur unique qu'elle avait. 

L'homme est smart, cheeky monkey et c'est Gene Tierney qui a remporté le prix, qui a retourné le jury, du reste de son âme.

 

Ainsi, avant l'ordinateur, il y a l'émotion d'un homme pour the woman who was !

(Faites que mon histoire soit vraie!)

 

* Heimlich vertraut (...)

23III27, LUNDI

Nuit étale

"Mon corps est un animal psycopompe" C.G.

 

Le jardin fume ma cigarette obscure. 

Mon regard pousse les volutes humides 

qui peinent à monter

 

Sur un coussin, effiloché céleste, 

le Chat du Cheshire balafre la nuit 

d’un sourire de lune mal montée. 

 

Tout geint à l’étouffée dans le potager abandonné. 

J’entends les minutes suspendues, 

la danse des esprits 

dans une sagesse qui boite.




Greffier, faites entrer! Les tambours ivres des batailles, les fifres et la peur enfantine qui défie tous les noirs!

Décrochez les heures riches, 

effacez les romances et châteaux 

Envoyez Mars !

Sous l’ombre dévastée,

qu’il ne reste une once de racine, 

un invisible 

qui germerait.

 

La Lune m’attend, comme un enfant gitan. 

J’irai. 

Dans la vallée de l’étrange, les veaux aux paupières lourdes 

balisent le terrain,

J’avance un pied nu et chantant.

 

L’odeur triste de la nuit 

me ramène aux fleurs du Laurier qui embaume

Les morts.

23II22, MERCREDI

Natron vs Coumarine 


"(…) le seigle de mon jardin d'enfant, celui qui est habillé comme un mille-pattes et qui pique comme une barbe amie…"


Flying mind circus du 22 Février :

Feutre et collage sur carnet Leuchtturm1917.

 

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dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin 
olivierthevin.com
2026