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 O L I V I E R  T H É V I N      journal > blog

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26VIII17, LUNDI

Monstera


Encore une mort de grande élégance...

Faber pittoil extra soft sur calque jaunasse 21x15 cm.

26VII30, VENDREDI

Danger de mort

Blackbird II

Feutre V5 et aquarelle sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

26VII30, VENDREDI

Élégie

Blackbird II

 

C’est bien sûr comme ça que je vois la fin.

Tu voles à tire-d’aile - quel désir te porte? - et

ton horizon se brise

sur l’avenir reflété de la vitre félonne.

Tu n’as, bien-sûr, pas compris

Pourquoi

quand on t’offrait l’infini, s’arrêter là.

J’ai entendu l’impact

clair et concis, le bruit de l’irréfragable. 

Ravie, frappée, la vie.

Puis le second bruit sourd, de ta chute.

J’étais là.

Je t’ai cueillie, impuissant, comme dans un poème de Prévert,

espérant puissamment que tu te relèverais de ton étourdissement (j’ai le déni de Mort vissé à la carcasse). 

Tu m’as laissé gentiment te prendre, soulever tes quelques grammes qui me semblaient si lourds. Te placer Dans l’étoffe. Attendre.

Et puis quand j’ai senti que tu te relevais, dans un ultime effort désespéré,

tu t’es relâchée.

J’ai attendu.

Mais je savais. C’est ce temps qui est le plus dur.

Le temps du gâchis.

Quand je me suis penché sur toi, tu t’étais déjà enfuie.

Ton âme ne connait pas de barrière, de verre ennemi.

Tu étais dans la mort d’une élégance folle.

C’est elle que j’ai dessinée de toute ma force 

- je ne voulais pas que tu sois partie sans témoigner de ta jeunesse.

Ainsi, j’ai vu tes griffes formidables, 

ta bouche d’étrave à pourfendre la nuit 

et dans chacune de tes plumes, l’ordonnancement génial, 

les millions d’années à sculpter ton innocence, 

 

ta foi dans le demain.

 

Je t’ai enterrée, comme on le fait depuis que les filles sont filles : 

deux pétales pour tes yeux, masqués d’obscur,

trois graines pour le passeur.

Ton tribut.

Je te garderai vivante,

comme je partirai.

26V4, LUNDI

4 études d'Élodie

dessins 1 / Pierre noire giaconda et gouache sur Canson panacotta  32x45 cm.

dessin 2 / Pierre noire giaconda sur canson 30x42 cm.

dessin 3 / Pierre noire giaconda sur Fabriano 60x42 cm.

dessins 4 / Craie giaconda sépia dark sur canson brun 30x42 cm

26V1, VENDREDI

Dormeurs du Train

TGV Paris-Nîmes à droite ; Ligne R à gauche, un mois après.

Feutre V5 sur carnet Leuchtturm1917, 20x30cm.

 26IV18, SAMEDI

Un jour d’Oisiveté

 

A long, long sleep, a famous sleep 

That makes no show for dawn 

By stretch of limb or stir of lid,—

An independent one.

 

Was ever idleness like this ?

Within a hut of stone 

To bask the century away 

Nor once look up for noon ? *

 

 

Il y a des matins, je me lève comme Emily Dickinson, café au goût de mort sucrée,

soleil de glace

 

Ces matins là, je te rejoins, voile d’ambre sur mer d’Éther,  

pour un déjeuner de fantômes sur suaire de satin, 

à étreindre le vide

 

Ces matins là sont légion de pavés sur une route sans fin

 

Et puis, il y a ce fameux jour où les millions de secondes, comme pétales de colza, 

se soudent en nappe d’or aux épaules des collines, 

enflamment mon horizon

 

Ce jour est le jour où la vie reprend part, 

du plus petit vaisseau de son corps endormi

 

Le jour où on relance le Bandit Manchot, fort de sa chance à aligner les cœurs,

faire crier les sirènes, inonder les parquets (et sortir comme on est entré, sans rien ramasser - just for free)

 

Ton jour

 

Un jour d’Oisiveté à la sauce dickinson,

un jour où ton corps léger au côté de ton âme, 

comme deux poissons d’argent, nageraient, ivres d’été

 

D’un été qui sera

 

 

 

 

(Des baisers,)

 

 

*

Un long — long Sommeil — un

merveilleux — Sommeil —

Qui ne tient pas compte du Matin —

En Étirant un Membre — ou en soulevant une Paupière —

 

Un Somme indépendant —

 

Vit-on jamais Semblable oisiveté?

Sur une Rive de Pierre

Se chauffer au fil des Siècles —

Sans jamais regarder une fois — s’il est Midi ?

 

(traduction Patrick Reumaux)

26IV13, LUNDI

3 études de Gaëlle

dessins 1 et 2 / Craie giaconda sépia dark sur papier Rives BFK crème 32x45 cm.
dessins 3 / Gouache sur papier magazine imprimé 20x30 cm.

26III26, JEUDI

Trouble Vallotton

La Blanche et la Noire (1913)

 

Félix Vallotton peint une femme nue et mon désir tout à la fois. Ce n’est pas une femme que l’on admire - beauté sacrée intemporelle et posée : Velasquez, Cabanel, Ingres et consorts -  c’est une femme que l’on veut. Sur ce tableau, je suis noire, femme et je fume, apaisée, d’un calme intranquille, tombé du stylo d’un écrivain américain.  

 

C’est au delà d’une simple référence à Olympia - Manet l’a peint 50 ans auparavant - qui en mettant en avant la prostituée, peignait le scandale bourgeois. Scandale qu’il aura. Ici, c’est plus trouble. La femme noire qui n’est plus servante, prend un rôle et une place de premier plan dans un rapport lesbien, métissé et d’égalité de classe dans un monde colonisateur et moraliste du début du 20ème siècle. Ici pas de scandale frontal, mais une image beaucoup plus subversive somme toute : une vision anarchiste diffuse, masquée par un parfum de sexe.

 

Et quand Manet tente de m’impliquer par la composition établissant un pont avec moi-spectateur (comme dans la serveuse de « un bar aux folies bergères », entre autres…), Vallotton m’attire par le trouble sensuel partagé - visage encore fardé d’un(e) rouge apogée*. La scène se passe entre les deux personnages, la Noire est actrice contrairement à la servante de l’Olympia ; sans être voyeur, je partage cette intimité.

 

Félix Vallotton sait peindre les chairs assoupies et accède au rêve par la forme, sans artifice (« femme nue assise dans un fauteuil », 1897). Il va à l’essentiel du design (graveur et nabi qu’il est) pour sertir un propos simple aussi. Cela rend l’expression si efficace. Je te le dis, cordes pincées, résonateurs ouverts, Félix joue de ma fibre la plus intime. Et il joue bien.

 

* Oui, "Apogée" est masculin (une erreur…) mais j'avais besoin d'un e bavard pour mon alexandrin.

26III2, LUNDI

3 études de Florence

Craie giaconda sépia dark sur papier Rives BFK crème  32x45 cm.

26I30, VENDREDI

Troubles

 

Je n'ai jamais pu me départir de l'organique. La matière de la peinture me grise, mais la ligne revient toujours à un moment. Si pour David Hockney "une ligne contient du temps" *, la Ligne recèle aussi le trouble, comme une sismographie du sentiment.

 

* "Drawing takes time. A line has time in it"  David Hockney


 


Composition pour le dossier de l'expo collective "Troubles".

Stabilotone noir, feutres flair, encres Röhrer ; composition sur feuille 21x30 cm.

26I26, LUNDI

2 études de Camille

dessin 1 : craie giaconda sépia dark sur papier Rives BFK crème 32x45 cm.

dessin 2 : fusain giaconda Kohinoor et gouache sur papier kraft uni (de chez Marin) 35x50cm.

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dessins, textes et graphisme © Olivier Thévin 
olivierthevin.com
2026